“Les premiers résultats de l’enquête socio-économique” (Guinée, Mali, Sénégal), Mai 2021

Dans le cadre du programme de recherche-action Watigueleya Kèlê, une enquête socio-économique a été réalisée, du 1er février au 17 mars 2021, dans les 10 villages participant au projet. Au total, 864 ménages ont été recensés (ce qui représente une population de 10 480 personnes). Parmi eux, 974 personnes âgées de 18 ans et plus (477 hommes et 497 femmes, sélectionnés par tirage aléatoire) ont été interrogées à propos, entre autres, des aléas climatiques et écologiques rencontrés, de leurs perceptions des changements observés depuis dix ans, de la notion de « changement climatique » et des modes de gestion locale des ressources naturelles.

Les données recueillies sont actuellement en cours de traitement et d’analyse. Quelques éléments intéressants ressortent déjà des premiers résultats présentés lors de l’atelier qui s’est tenu à Bandafassi (Sénégal) fin mai 2021.

Au vu des déclarations des personnes interrogées, il apparaît que les 3 zones d’étude ont été touchées différemment par les aléas durant les 10 dernières années, ce qui s’explique en partie par les différents contextes agro-écologiques en présence : en Guinée, la sécheresse apparaît comme le principal aléa auquel les ménages ont été confrontés (88 %), suivi des invasions de nuisibles pour près d’un ménage sur deux (45 %) ; au Sénégal en revanche, si 60 % des ménages ont aussi été confrontés à la sécheresse, une très large majorité (78 %) a connu des épizooties et les deux tiers (67 %) ont dû faire face à des feux de brousse ; les ménages enquêtés au Mali ont également été pour la plupart confrontés à la sécheresse (93 %), mais également, pour nombre d’entre eux, aux maladies du bétail (86 %), ainsi qu’aux maladies des cultures et aux invasions de nuisibles (78 %).

Source : Enquête MENAGE Watigueleya Kèlê, 2021.

Le « changement climatique » est également perçu différemment selon les zones d’études. Alors qu’une large majorité des individus interrogés en Guinée et au Mali ont déclaré avoir entendu parler du « changement climatique » (respectivement 80 % et 74 %), ce n’est le cas que d’une personne deux au Sénégal (50 %). Ceci est sans aucun doute à rapprocher de la perception qu’ont les populations de l’évolution des conditions climatiques pour la production agricole : pour 93 % des personnes interrogées en Guinée et 73 % de celles du Mali, ces conditions sont « moins bonnes » aujourd’hui qu’il y a 10 ans ; ils.elles sont par contre 40 % au Sénégal à percevoir ces conditions climatiques comme similaires, seule une petite majorité (55 %) déclarant que les conditions climatiques pour la production agricole étaient moins bonnes qu’il y a 10 ans.

L’information des populations par rapport au « changement climatique » semble encore peu organisée et développée de façon institutionnelle dans les 3 zones d’étude. En effet, pour la plupart des personnes ayant entendu parler du « changement climatique », elles en ont entendu parler lors de discussions informelles avec les parents et/ou les voisins, et une majorité a déclaré qu’il n’existait pas de réunions publiques au village sur le sujet, ou ne pas savoir s’il en existait. Ces résultats peuvent expliquer que, d’une part, la première cause du changement climatique soit attribuée à « Dieu » dans les 3 zones de l’étude, quand, d’autre part, une majorité des personnes interrogées pensent que les villageois ne peuvent pas apporter de solutions pour limiter l’impact du changement climatique. Ces résultats sont aussi à rapprocher des processus de consultation et d’information des populations concernant l’accès et la gestion des ressources naturelles. En effet, les personnes interrogées ont majoritairement déclaré n’être jamais consultées (73 % au Sénégal, 64 % au Mali et 56 % en Guinée) et, au Sénégal et au Mali notamment, être peu voire pas informées des décisions qui sont prises à ce sujet.

On voit bien ici tout l’intérêt du projet de recherche-action Watigueleya Kèlê dans la collecte, la promotion et la diffusion des savoirs locaux et des pratiques locales pour faire face au changement climatique. D’ailleurs, bien que minoritaires, un peu plus d’un tiers des personnes interrogées en Guinée (34 %) et au Mali (35 %), et près de 20 % de celles du Sénégal pensent que les villageois peuvent apporter des solutions pour limiter l’impact de ce changement. Encore faut-il que les populations, sans distinction, soient intégrées aux processus de décision concernant l’accès et la gestion des ressources naturelles et qu’elles soient informées des décisions qui sont prises à ce sujet.

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